Pourquoi se contenter de si peu

Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter, et vous ne le pouvez pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels. 1 Cor 3.2

L’histoire de l’homme est remplie de fabuleuses histoires de héros mythiques, d’hommes extraordinaires, accomplissant de légendaires actions. Nous avons tous en tête des personnes qui nous servent de modèles du fait de leurs exploits et de leurs accomplissements. Quelque soient leur but, ç-à-d servir Dieu, servir l’homme ou servir le diable, ils partagent une caractéristique principale : la volonté d’arriver à l’objectif fixé. A lire cette constatation triste de Paul aux Corinthiens (1 Cor 3.2), je me rends compte, non seulement du manque à gagner spirituel que je peux avoir en n’étant pas spirituel, mais aussi du danger que cela entraine de rester un bébé spirituel.

La cymbale qui fait beaucoup de bruit

Il est déjà vital de circonscrire cette notion de spirituel, car on a tôt fait de croire que les éléments suivants sont des gages d’une intimité spéciale avec Dieu: l’âge dans la foi, le relationnisme dans les cercles Chrétiens, la réalisation de deux ou trois oeuvres Chrétiennes, la notoriété auprès du mouvement Chrétien, l’expérimentation de quelques émotions dans la prière, l’exercice des dons spirituels, le langage et jargon théologique, le charisme naturel ou la capacité d’émouvoir, de convaincre, la position dans une assemblée locale ou dans une mission, la personnalité réservée, voir timide, la connaissance biblique, l’amoncellement de livres Chrétiens, l’activité et l’activisme, la participation aux événements dits Chrétiens, les longues heures de prière, la publication d’articles ou livres Chrétiens, les bonnes manières, etc.

Avant de proposer quelques éléments de test personnel, il faut rétablir deux faits.

Le premier est qu’il ne faut pas avoir honte, comme il est d’usage dans le milieu Chrétien, d’être taxé de spirituel. Etre spirituel s’opposerait aujourd’hui à être, non pas charnel comme Paul l’avait démontré, mais plutôt à être humain, simple, réaliste, etc. selon le vocabulaire de ceux qui défendent cette idée. Pourtant c’est simple, si vous n’êtes pas spirituel, vous ne pouvez même pas adorer Dieu, car la Bible dit que Dieu ne recherche que l’adoration en esprit, c.-à-d., l’offrande d’une vie qui Lui est agréable. Or, nous savons que tout ce qui est charnel ne peut accomplir la volonté de Dieu.

Par la même, nous dérivons sur le deuxième fait, qui est que cet état ne devrait pas conduire à une forme d’orgueil, qui consoliderait tout ceux qui ont en horreur le fait d’être qualifié de spirituel. Le voisin direct des bénédictions que Dieu vous donne, est M. Orgueil, efficace maitre et inspirateur du pharisianisme. Etre spirituel est une grâce d’un côté et de l’autre un appel à servir Dieu pour Son intérêt sauf.

Malheureusement aujourd’hui, nous ne désirons plus la présence de Dieu (en fait, Son instruction première), mais juste des émotions. Nous nous contentons d’avoir une vie agréable et de confort sur cette terre (un bon mariage, une assemblée locale, des enfants, un florissant et admiré ministère, etc.). Personnellement, je crois que le Seigneur veut notre épanouissement dans ces désirs légitimes. Mais si la vie Chrétienne ne se résume qu’à une alternative – fût-elle la meilleure et la plus sécurisée – pour passer un heureux séjour sur Terre, le temps d’être accueilli au Ciel, il valait mieux pour moi que je naquisse un avorton. Car la vie même n’aurait pas plus de saveur que le parcours inconnu d’un spermatozoïde à la recherche d’un ovule, de celui d’une feuille arrachée à sa branche par la seule force de son poids ou le tracé de l’aigle dans le ciel. Jésus serait-Il mort juste pour que j’aie une « meilleure » vie terrestre et que j’entre au Ciel, une fois mort ? Pourquoi le Fils de Dieu, sans péché, n’a pas simplement continué à agir comme dans l’Ancien Testament avec les David, Abraham et autres patriarches, qui furent tous bénis sur cette terre ? Pourquoi S’est-Il laissé foulé aux pieds et crucifier ?

Etre spirituel

C’est qu’il y a bien plus que la recherche de protection et de confort. Malgré le temps qui passe, nous voulons demeurer des bébés spirituels, ne se nourrissant que de lait maternel, repoussant toujours plus tard le sevrage. En fait, la vie de Christ en nous, est un appel toujours permanent à la ressemblance à Christ, au dépouillement des penchants charnels. Nous avons été sauvés de la malédiction du péché pour Lui être agréables et semblables. Nous devons toujours nous rappeler que l’oeuvre qui compte et qui demeurera au Ciel, est l’accomplissement de la volonté parfaite de Dieu et non pas nos avoirs et honneurs terrestres. Et cela passe par l’abnégation à constamment demeurer dans Sa présence, à être littéralement « fou » selon ce monde (et même pour des Chrétiens-bébés), mais ô combien sage devant le Seigneur.

Maintenant, examinons dans les Ecritures ce qui nous rend spirituel, justement aux yeux de Dieu. Il y a certainement plusieurs éléments, mais je voudrais me limiter à ceux-ci dans le cadre de cet article :

  • Avoir la pensée de Christ, dans le raisonnement et dans le contenu et donc la capacité de discerner, de juger. La pensée de Christ, c’est aussi ne désirer que faire Sa volonté, investir dans le Royaume de Dieu. La démarcation se crée dès lors que l’inspiration pour une oeuvre procède de l’Esprit de Dieu. C’est Lui qui crée en nous, le vouloir et le faire. 1 Cor 2.9-10, 3.14-15
  • L’identification à Lui, en particulier dans la participation à Ses souffrances et Son humilité face aux tentations de se défendre. Savoir Lui rendre grâces et que tout concourt à notre bien. La vie n’est pas du tout rose en Christ, du moins d’un point de vue humain. L’injustice, les fausses accusations, les médisances, etc. sont le lot subi par celui qui veut vivre pieusement en Christ. Il n’a même pas le choix ; tant qu’il y aura un Christ quelque part ou du Christ dans vos attitudes, y aura toujours un Judas Iscariot dénonceur, un sanhédrin jaloux, ignorant de la pensée de Dieu et charnel, des Chrétiens lâches et incapables de s’affirmer du côté de la Bible, de s’identifier à Christ, à ce moment-là… Mais aussi des frères compatissants, minoritaires probablement. 1 Cor 2.2
  • L’insatisfaction d’être glorifié plutôt que Dieu. Si vous ressentez la moindre once d’auto- satisfaction quand Dieu vous utilise, c’est que vous n’êtes pas encore spirituel. Dieu ne partage pas Sa gloire avec un autre. Chez l’enfant de Dieu véritable, il y a le désir contant et parfois pressant de ne donner que la gloire à Jésus en tout temps et ce, même pour les moindres choses. Le sentiment d’indignité (non pas culpabilisant) sous-tend en général, ses actions de grâce ou de reconnaissances vis-à-vis de Dieu, comme ce fût le cas de Corneille (Actes 10).

Paul déclarait courir afin de remporter le prix, en suivant les règles. Tout n’est pas d’avoir pleuré un jour pour sa conversion, d’avoir joint une assemblée et d’y participer activement, de connaitre des tas de Chrétiens et de participer à quantité d’évènements, etc. car même ce peu que vous avez, s’il n’est pas productif (en d’autres termes, si votre vie Chrétienne ne produit pas de fruit), il vous sera enlevé. Ne vous contentez pas de si peu. Débarrassez-vous des inutilités et cherchez Dieu maintenant. Aspirez à une vie bien plus remplie, bien plus semblable à Christ et quand vous commencerez à la l’expérimenter, ne vous arrêtez pas, contaminez les autres; ça en vaut la peine.